Et Dieu créa le Pape
Il y a encore un pape. Cela semble banal, presque évident. On le voit aux fenêtres du Vatican, aux JMJ, aux cérémonies de canonisation. Il parle, il prie, il bénit, il se tait. Mais derrière cette silhouette familière se cache une énigme politique et spirituelle que François Miclo entreprend ici de déchiffrer.
Dans Et Dieu créa le pape, l’auteur propose bien plus qu’un livre sur la papauté : c’est une autopsie d’une autorité qui fascine autant qu’elle dérange. Car le pape n’est pas seulement un chef religieux. Il est la survivance d’un modèle de pouvoir sacré dans un monde désenchanté, fragmenté, défiant toute figure verticale.
Comment expliquer que cette fonction tienne encore ? Qu’elle résiste à l’effondrement des empires, aux scandales, à la perte de foi, à l’ironie moderne ? Ce n’est ni un hasard, ni une simple tradition. Pour Miclo, la papauté est un dispositif complexe, théologique, symbolique, juridique et rituel, dont l’efficacité tient justement à son opacité.
Avec une plume acérée, tour à tour érudite et limpide, l’auteur décrypte les récits fondateurs et propose une anatomie du pouvoir pontifical, pièce par pièce, organe par organe.
Ce livre s’adresse à tous ceux qui veulent comprendre ce que signifie encore « incarner une autorité », dans un monde saturé de discours, mais avide de repères. À l’heure où la parole religieuse n’a plus la même évidence, où les figures d’unité s’effondrent, où l’autorité semble toujours suspecte, le pape reste — étonnamment — là. Il n’impose plus, mais il résiste. Il tient lieu. Il tient lieu de Dieu, de l’Église, du mystère. Et parfois, cela suffit.
Genre : Essai
Date de parution : Septembre 2025
ISBN : 979-10-978553-0-7
Nombre de pages : 500
Format : 140x216 mm
Poids : 618 g
Il est là, encore. On l’entrevoit à la loggia, à la fenêtre, à la messe. Il prie, bénit, improvise des homélies ou les lit d’un air qu’on croit détaché. Il embrasse les enfants, serre les mains des chefs d’État, écrit des encycliques sur le climat ou la foi. Il déclare saints des martyrs et des papes, il nomme des évêques, il voyage. On l’appelle « Très Saint-Père » et signe d’un nom qu’il n’a pas reçu à son baptême. Il parle à la première personne du singulier et, pourtant, ce n’est pas de lui qu’il parle : c’est l’Église qui parle par lui. Il est à la fois un homme, une voix, une autorité, un rite. Il est le pape.
Ce livre part d’un fait brut : cette figure irréductible existe toujours. Et le simple fait qu’elle continue à exister – en dépit de l’effondrement des monarchies, de la crise de la foi, de la méfiance à l’égard de toute autorité, des scandales, des ruptures de civilisation – mérite d’être interrogé. Pas admiré sans réserve, ni contesté par principe, mais simplement pensé.
Car le pape, dans sa fonction-même, n’est pas une anomalie historique. Il n’est pas une relique ni un résidu. Il est une création active de l’histoire chrétienne. Une figure politique, théologique, liturgique, juridique et profondément symbolique. Il ne s’agit pas ici d’un homme élu à un poste, mais d’un homme chargé de tenir une place. Cette place, l’Église l’appelle « Siège de Pierre ». Mais ce qu’il s’agit de faire tenir là, c’est plus qu’une fonction : c’est une promesse, une unité, une voix, un lien entre le Ciel et l’Histoire.
L’affaire se complique : si le pape est une permanence historique qui compte parmi les plus anciennes au monde, les papes ne sont ni identiques ni équivalents les uns les autres. Tout au long de l’histoire, il y eut, en effet, parmi eux, des doctrinaux et des silencieux, des charismatiques et des gestionnaires, des bâtisseurs et des affaiblis. Il y eut Léon le Grand, qui, selon un épisode rapporté par Prosper d’Aquitaine, affronta Attila en personne ; Grégoire VII, qui disputa l’Empire au nom de la réforme ; Boniface VIII, dont la grandeur théologique n’effaça pas la brutalité politique ; Innocent III, théoricien impitoyable de la souveraineté pontificale. Il y eut aussi Pie IX, qui proclama l’infaillibilité dans un monde qui, pourtant, ne croyait plus en la vérité ; Paul VI, qui supprima la tiare pour mieux affermir le trône ; Jean Paul II, qui transforma la douleur en témoignage visible de la foi ; Benoît XVI, qui osa renoncer au trône de Pierre sans ruiner la fonction. Il y eut même Benoît IX : élu pape une première fois adolescent, destitué, revenu, destitué encore, puis revenu une troisième fois. Entre deux de ses règnes intermittents, il monnaie même le siège pontifical à son successeur Grégoire VI, sans que l’Église, pour autant, ne s’effondre.
On a vu aussi, dans la même Rome éternelle, un pape convoquer un concile – Célestin Ier, à Éphèse – et son successeur – Léon Ier – en corriger partiellement les excès, jusqu’à en nuancer fortement les thèses à Chalcédoine. On a vu des papes se réfugier en Avignon – comme Clément V, qui en 1309 transféra la cour pontificale sur les bords du Rhône, inaugurant près de soixante-dix ans d’exil volontaire ; d’autres se barricader au Latran, tel Boniface VIII, défiant rois et empereurs depuis son palais romain.
On a vu des papes cesser de parler – comme Pie IX, qui après la perte des États pontificaux se mure dans le silence, refusant tout compromis avec l’Italie unifiée ; d’autres multiplier les gestes – tel Jean Paul II, sillonnant le monde en pèlerin infatigable ; d’autres encore se cacher derrière la liturgie, à l’image de Benoît XVI, qui fit de la messe un acte d’enseignement silencieux, préférant la solennité du rite à l’éclat de la parole.
Rien n’a empêché que la fonction se maintienne. Rien n’a suffi à l’abolir, ni les conciles, ni les empereurs, ni les philosophes, ni même les fidèles. La papauté est un pouvoir qui dure non parce qu’il est incontesté, mais parce qu’il est consolidé. Elle est une forme, mais une forme mobile. Un dogme, mais un dogme ritualisé. Une autorité, mais une autorité sans fondement extérieur à elle-même – du moins en ce bas monde.
Ce livre veut comprendre et embrasser tout cela. Comment une telle figure s’est construite. Par quels textes, quels gestes et quelles falsifications. Comment elle a traversé les siècles : parfois triomphante, parfois sur la défensive, parfois muette, parfois mise en scène. Ce n’est pas une histoire chronologique, ni une galerie de portraits que nous dressons ici. C’est une anatomie : une lecture des organes, des fonctions, des formes. Une tentative pour comprendre comment un homme peut tenir lieu à la fois de Dieu, de l’unité ecclésiale et de la souveraineté symbolique.
Le pape n’est évidemment pas Dieu. Il ne remplace pas le Christ. Mais il est celui qui dit, au nom de l’Église, ce que le Christ signifie. Il est celui qui figure la foi dans un monde où elle ne s’impose plus aussi naturellement que dans les siècles passés. Il est celui que les foules regardent quand elles ne savent plus en qui croire. Il ne décide pas toujours. Il ne convainc pas toujours. Mais il incarne. Et dans un monde où tout se dissout, cette simple fonction d’incarnation devient essentielle – ou insupportable.
Il ne s’agit pas ici de croire ou de ne pas croire. Il s’agit de comprendre. De lire, dans la continuité pontificale, un laboratoire du pouvoir religieux, c’est-à-dire un lieu où se pense l’art de tenir sans partager, de gouverner sans contraindre, de représenter sans usurper. Un lieu où le sacré devient structure. Où le mystère devient procédure. Où la foi devient gestion.
Car au fond, si le pape fascine ou agace, ce n’est pas qu’il impose : c’est qu’il résiste. Il résiste à l’éclatement, à la pluralité, à l’oubli. Il dit : il y a un centre. Il y a une voix. Il y a un nom. Et ce nom, depuis deux mille ans, change à chaque conclave – mais tient toujours la même place.
En écrivant ce livre, nous avons voulu prendre au sérieux l’énigme que la papauté constitue. Penser aussi ce que veut dire cette phrase millénaire : « Le pape est le vicaire du Christ. » S’interroger sur ses effets réels – en théologie, en histoire, en politique, en philosophie. Et peut-être aussi sur ce qu’elle produit encore en nous, aujourd’hui.
22,00 €
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