Les contes de Noël de Tante Trudi
« Joshua avait neuf ans. Neuf ans. Pas dix. Pas huit. Neuf ans pleins, assumés, revendiqués. Et déjà végétalien, militant, absolutiste, incapable de compromis, intolérant à la mayonnaise, au second degré, aux traditions, aux chants populaires et à la cannelle. Il portait des bottes biodégradables cousues par des moines tibétains reconvertis à l’agriculture urbaine. Il ne souriait jamais. Il disait que le sourire était une soumission faciale au capitalisme festif.
Il avait décidé qu’il fallait supprimer Noël. Supprimer, disait-il. Supprimer, pas repenser, pas alléger, pas composter, pas colorier avec des teintes neutres, non : supprimer. Annihiler. Éradiquer. Extirper Noël du calendrier, de la mémoire collective, de la nappe familiale. Il parlait comme un manifeste ambulant, un éditorial vivant, un tract en chair et en os. Il disait : « Noël est une fête de l’oppression sucrée. Noël est une usine à désillusion. Noël est une orgie consumériste, une avalanche d’émotions standardisées. » Il répétait cela, encore et encore, à l’école, à la maison, à la bibliothèque, à la piscine, au marché, au square. À chaque adulte qu’il croisait. Même au facteur, qui finit par changer de tournée. »
Découvrez un Noël hors des sentiers battus, où la féerie se fait féroce et où l’émerveillement vire à l’humour noir. Trudi Kohl vous entraîne dans soixante-dix récits courts et affûtés, peuplés d’elfes nihilistes, de rennes saouls et de crèches millénaires en pleine crise d’adolescence.
Oubliez les cartes postales ! Ici, chaque instant festif meurt sous le poids d’une satire mordante. Vous assisterez à des goûters chorégraphiés en cauchemar, verrez des guirlandes se liguer contre leurs propriétaires et goûterez à un chocolat chaud chargé d’ironie (et d’autres substances).
Déconseillé aux enfants sages. Mais parfait pour les adultes en quête d’un vent de folie, ce recueil est le remède ultime contre la mièvrerie de saison.
Genre : Fiction
Date de parution : Octobre 2025
ISBN : 979-10-978553-7-6
Nombre de pages : 240
Format : 140x216 mm
Poids : 300 g
Joshua avait neuf ans. Neuf ans. Pas dix. Pas huit. Neuf ans pleins, assumés, revendiqués. Et déjà végétalien, militant, absolutiste, incapable de compromis, intolérant à la mayonnaise, au second degré, aux traditions, aux chants populaires et à la cannelle. Il portait des bottes biodégradables cousues par des moines tibétains reconvertis à l’agriculture urbaine. Il ne souriait jamais. Il disait que le sourire était une soumission faciale au capitalisme festif.
Il avait décidé qu’il fallait supprimer Noël. Supprimer, disait-il. Supprimer, pas repenser, pas alléger, pas composter, pas colorier avec des teintes neutres, non : supprimer. Annihiler. Éradiquer. Extirper Noël du calendrier, de la mémoire collective, de la nappe familiale. Il parlait comme un manifeste ambulant, un éditorial vivant, un tract en chair et en os. Il disait : "Noël est une fête de l'oppression sucrée. Noël est une usine à désillusion. Noël est une orgie consumériste, une avalanche d’émotions standardisées." Il répétait cela, encore et encore, à l’école, à la maison, à la bibliothèque, à la piscine, au marché, au square. À chaque adulte qu’il croisait. Même au facteur, qui finit par changer de tournée.
Il fonda un groupe, bien sûr. "Zéro-Nöel". Avec trois autres enfants sans écran et sans joie. Ils faisaient des assemblées générales sur des coussins éthiques, mangeaient des lentilles froides et collaient des affiches sur les bancs publics : "Un sapin, c’est un arbre mort. Une guirlande, c’est une illusion. Un cadeau, c’est une dette." Ils furent applaudis par deux journalistes locaux et une influenceuse scandinave.
Joshua lança une campagne. Il écrivit une lettre ouverte au maire. Il envoya un courrier à l’Élysée. Il posta une vidéo où il déchirait un calendrier de l’Avent en criant : "Je libère le 6 décembre !". Il fit grève de dessert. Il bloqua la salle polyvalente en s’enroulant dans des banderoles "Non au sucre, oui à l’obscurité". Il organisa un sit-in devant la boulangerie qui vendait des bûches à la crème.
Les adultes flanchèrent. Ils cédèrent. Comme d’habitude. Car Joshua avait ce regard : un regard vide, calme, tranchant, qui faisait croire qu’il savait quelque chose que les autres ignoraient, comme s’il détenait un chiffre terrible, une donnée apocalyptique, un graphique définitif. Et personne n’osait lui dire non. Même ses parents, pourtant vaguement normaux autrefois, devinrent ses collaborateurs passifs. Ils retiraient les guirlandes, baissaient les stores, murmuraient à leurs voisins : "C’est mieux ainsi."
Le 23 décembre, la municipalité déclara : "Noël suspendu pour raisons éthiques." Le 24, la ville fut plongée dans une espèce de coma propre. Plus de vitrines. Plus de chants. Plus de queue chez le chocolatier. Même les pigeons semblaient plus ternes.
Joshua célébra sa victoire dans sa chambre, en mangeant une galette de riz et en fixant une LED basse consommation. Il écrivait déjà sa prochaine tribune : "Vers un solstice sans émotions."
Mais le 25... Le 25 décembre...
Le 25 décembre, Joshua se réveilla avec la sensation étrange d’un manque. Pas d’excitation. Pas de froissement de papier. Pas d’odeur. Pas de bruit. Pas même ce léger parfum de déception tiède qui flottait habituellement le matin de Noël. Juste un silence. Épais. Collant. Hostile.
Il descendit. Ses parents étaient assis à la table. En pyjama gris. Ils buvaient de l’eau tiède. Sans rien dire. Sans se regarder. Son père fixait la table. Sa mère fixait une miette. Joshua dit : "Alors ? On commence par quoi ?" Silence. Long. Son père finit par dire : "On ne commence rien."
Joshua tenta de ranimer l’esprit critique. Il proposa un atelier de destruction symbolique des fêtes. Un débat sur le trauma des chants traditionnels. Une relecture marxiste de "Mon beau sapin". Personne ne répondit.
L’après-midi, il sortit. La ville était vide. Pas morte. Juste... sans relief. Comme un décor qui attendait les acteurs. Il croisa un autre enfant. Ils se regardèrent. L’autre avait les yeux rouges. Il tenait une boule dorée dans la main. Sans l’expliquer, il la lança au visage de Joshua et partit en courant.
Joshua retourna chez lui. Il se fit un sapin en carton. Il colla dessus des slogans : "Égalité festive". "Pas de chocolat sur le sang des rennes." Il composa une chanson en do mineur écologique. Il se mit à pleurer sans comprendre pourquoi. Puis il se fâcha contre lui-même pour cette émotion non validée.
Le soir, il proposa un jeu de société collaboratif, sans compétition, sans score. Ses parents étaient couchés. Il mangea seul une carotte crue en regardant sa guirlande en papier journal. Il pensait que la révolution était réussie. Mais elle ne réchauffait rien.
Le lendemain, il tenta de rédiger un nouveau manifeste. Mais les mots ne venaient pas. Il consulta les membres de Zéro-Nöel. Deux avaient déménagé. Le troisième fêtait Kwanzaa avec des paillettes. Joshua sentit qu’il avait gagné. Et que c’était intolérable.
Le 27 décembre, il entra dans une grande surface vide. Il erra dans les rayons sans lumières. Il vit un vieux Père Noël en plastique brisé sous une palette. Il s’approcha. Il le redressa. Il le regarda longtemps. Puis il lui dit : "Je suis désolé."
Le Père Noël ne répondit pas. Mais Joshua jura qu’il avait cligné de l’œil.
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