Trudi Kohl

On achève bien les citrouilles

100 contes pour en finir avec Halloween
Bienvenue dans la seule nuit de l’année où les vampires demandent un congé, les sorcières râlent contre les courants d’air et les citrouilles refusent de sourire.

Halloween. La nuit où l’on se déguise en mort pour mieux oublier qu’on l’est déjà un peu. La nuit des bonbons sans sucre, des citrouilles éventrées et des sorcières made in China. Mais sous les toiles d’araignée en plastique, que fête-t-on vraiment ? L’oubli ? La peur domestiquée ? Ou cette étrange envie de se jouer des monstres pour ne plus avoir peur d’en être ?

Trudi Kohl répond à sa manière : cent contes acides, féroces et jubilatoires, où les vampires font des burn-out, où les zombies réclament une convention collective, où les fantômes berlinois se souviennent de la guerre froide et où le Petit Poucet, cannibale amateur, dévore sa fratrie en prenant des notes de dégustation. Les citrouilles, elles, n’ont plus envie de sourire : elles demandent l’asile politique, ou simplement le droit de pourrir en paix.

Avec un humour noir tranchant et une jubilation narrative rare, l’autrice détourne tout le bestiaire de l’horreur pour en révéler la lassitude, la fragilité, et l’éternel ridicule. Ici, on rit jaune, on rit noir, on rit jusqu’à l’os. Parce qu’au bout du compte, ce ne sont pas les monstres qui font peur : c’est notre besoin d’en inventer toujours de nouveaux.

Un livre pour rire de l’épouvante, pour grincer des dents en croquant des bonbons, et pour se souvenir qu’Halloween, après tout, n’est qu’une façon de regarder la mort… en se marrant.

Un livre pour ceux qui adorent Halloween, pour ceux qui la détestent, et pour tous ceux qui aiment voir les monstres perdre la face.

Trudi Kohl est journaliste et écrivain.
Auteur : Trudi Kohl
Genre : Fiction
Date de parution : Octobre 2025
ISBN : 979-10-978553-9-0
Nombre de pages : 180
Format : 140x216 mm
Poids : 234

Boucle d’Or

Il était une fois, au fin fond de la Forêt-Noire, loin des marchands de coucous suisses du lac de Titisee, une maison en bois impeccable, peinte en vert sapin, avec des rideaux à dentelle et des pots de géraniums qui puaient la pisse de chat. Elle appartenait à trois ours allemands, corrects, travailleurs, abonnés à la Deutsche Bahn : Papa Ours, Maman Ours et Bébé Ours.

Ce matin-là, ils avaient préparé trois bols de choucroute. Comme le repas était trop chaud, ils décidèrent de sortirent marcher, comme tous les bons Allemands font semblant d’aimer marcher.

Or, arriva alors dans les parages Boucle d’Or, une fort gentille et fort mignonne petite fille, qui avait une jolie tignasse blonde et un sens très développé de la curiosité. Elle entra dans le logis des Ours comme une voleuse.

Elle vit sur la table trois bols. Elle goûta le premier : elle se brûla la langue et cracha dedans. Elle croqua dans un morceau de lard qui trônait sur le deuxième bol : trop froid. Elle recracha le lard mâchouillé. Quant au troisième bol, il était à la température parfaite. Elle avala la choucroute d’une traite, vida une pinte de bière qui trônait sur la table et lâcha un rot de satisfaction si sonore que les vitres de la maison tremblèrent.

Puis, elle monta à l’étage. Il y avait dans la chambre trois lits bien alignées, aux couettes bien tirées et aux oreillers tirés à quatre épingles. Elle se coucha sur le premier lit : trop dur ! Le deuxième était trop mou. C’est sur le troisième qu’elle décida de se vautrer. Elle s’enfonça dans les draps, y lâcha un vent énorme et souleva les draps pour renifler sa propre odeur et s’endormit dans un océan de satisfaction.

Quand les trois ours rentrèrent, une odeur étrange et pénétrante les guida aussitôt vers le premier étage. Elle dormait comme un ange, rythmant son sommeil de ronflements aigus.

– Quel joli petit ange ! murmura Maman Ours, dont l’instinct maternel était émoustillé par la charmante scène.
– On la garde, dis, on la garde ! s’exclama Bébé Ours.
– Bien sûr qu’on va la garder ! répondit Papa Ours.

Alors, ils s’assirent autour d’elle. Maman Ours entonna une berçeuse mélodieuse : « Guten Abend, gut’ Nacht, mit Rosen bedacht… » Maman Ours n’eut pas le temps d’entonner le second couplet que Papa Ours avait déjà détaillé trois parts. Maman Ours reçut les cuisses, Bébé Ours la tête et Papa Ours le tronc.

Puis, ils refirent les lits, lavèrent la vaisselle, arrosèrent les géraniums. Et l’on raconte encore que, dans la Forêt-Noire, les enfants sages mangent leur choucroute tandis que les autres finissent en rôti du dimanche.

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"Certains disent qu’Halloween est la fête où les morts reviennent. Balivernes ! C’est la fête où nous jouons à être morts pour mieux apprécier d’être vivants. Nous nous déguisons en monstres pour oublier que nous en sommes déjà."
On achève bien les citrouilles
Trudi Kohl
Fiction
Parution : Octobre 2025
ISBN : 979-10-978553-9-0
180 pages

17,00 

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