Smaragde de Saint-Mihiel

Via regia

Traité spirituel pour ceux qui nous gouvernent
Et si gouverner n’était pas un privilège, mais un jugement en suspens ? Et si l’autorité, avant d’être exercée, devait être redoutée ? Et si le pouvoir n’était donné qu’à ceux qui savent qu’ils devront en répondre ?

On appelle « miroir du prince » un genre littéraire médiéval : un recueil d’exhortations morales, destiné à ceux qui gouvernent. Non pas pour flatter le pouvoir, mais pour le juger. Pour lui tendre un miroir où il puisse se voir. Et se corriger.

Avant d’être un instrument politique, ce genre est né d’une urgence spirituelle : comment exercer l’autorité sans se perdre ? À quoi bon commander, si l’on en vient à oublier qu’on devra rendre compte, non seulement de soi, mais des autres ?

La Via regia constitue le tout premier des miroirs du prince de la tradition occidentale. Son auteur, Smaragde de Saint-Mihiel, moine bénédictin du IXe siècle, adresse ce bref traité à l’empereur Louis le Pieux, fils de Charlemagne. Mais ce n’est pas de stratégie, de conquêtes ou de lois qu’il lui parle : c’est du salut. De son âme et son peuple.

Ce texte n’a rien de rhétorique. Il est net, tendu, sans flatterie. Il rappelle à celui qui commande que le pouvoir n’est pas un privilège, mais une charge. Qu’il ne doit pas être désiré, mais redouté. Que l’autorité n’a de légitimité que dans la mesure où elle est exercée dans la crainte de Dieu, au service des plus faibles.

Nourrie de l’Écriture, de la Règle de saint Benoît et des enseignements des Pères de l’Église, sans jamais pourtant les nommer (les notes doctrinales de cette édition nous éclaire sur les influences et les lectures patristiques de Smaragde de Saint-Mihiel, la Via regia enseigne à gouverner dans la justice, le silence, la tempérance, l’humilité. Elle ne propose pas un programme, mais une exigence. Elle ne donne pas des recettes, mais une conscience. Et si elle s’adresse à un empereur, elle parle aussi à tout homme qui, d’une manière ou d’une autre, a autorité sur autrui.

À l’heure où la fonction politique est de plus en plus perçue comme un métier, un pouvoir ou une exposition de soi, ce texte ancien retrouve une actualité brûlante. Il rappelle à tous ceux qui gouvernent, enseignent, conduisent, parlent, qu’ils auront, un jour, à répondre.

Cette édition restitue dans un français limpide et contemporain ce chef-d’œuvre méconnu de la tradition bénédictine carolingienne. Une parole sobre, vive, essentielle. Une voix de moine qui sait ce que c’est que porter les autres.

Edition traduite, présentée et annotée doctrinalement par François Miclo.

Smaragde de Saint-Mihiel († vers 840) fut moine, écolâtre à Trèves, puis abbé de l’abbaye bénédictine de Saint-Mihiel. Il est l’auteur de trois traités majeurs, où la tradition bénédictine devient une authentique école du salut.
Auteur : Smaragde de Saint-Mihiel
Genre : Essai
Date de parution : Septembre 2025
ISBN : 979-10-978553-3-8
Nombre de pages : 176
Format : 140x216 mm
Poids : 230 g

"Dieu tout-puissant, ô roi très illustre, quand il l’a voulu et où il l’a voulu, t’a noblement fait naître d’une lignée royale et noble. Dans sa miséricorde, il t’a conduit au bain de la régénération, il a oint ta tête de l’huile du saint chrême et t’a adopté avec dignité comme son fils. Il t’a établi roi sur le peuple de la terre et a ordonné que tu sois héritier de son propre Fils dans les cieux. Car, en effet, ayant été doté de ces dons sacrés, tu as légitimement reçu le diadème royal.
Premièrement, parce que tu descends d’un lignage royal et noble, il te convient décemment de régner sur des royaumes, bien et largement. Deuxièmement, parce que tu es roi, l’onction du saint chrême et la confession de la foi confirment ton autorité et tes actes. Troisièmement, afin que tu puisses recevoir éternellement le royaume avec Christ dans la félicité.

Avec miséricorde, le Roi des rois t’a adopté en tant que fils alors que tu étais encore petit. Ces signes clairs et visibles, dès ton enfance, appellent ta royauté et te confirment en tant que roi. Il reste maintenant que tu gardes soigneusement ces dons royaux que tu as reçus du Seigneur et que tu les défendes avec tes actes et ta conduite : en effet, le temps est court dans cette vie, car nous marchons sur la voie de toute chair et nous courons chaque jour avec empressement vers la patrie promise.

Il reste donc que nous interrogions solennellement la voie qui, nous gardant des voleurs et nous purifiant des vices, nous conduise heureusement à la patrie désirée. En effet, le Prophète nous exhorte à ce sujet, lorsqu’il dit : « Tenez-vous sur les chemins, regardez, interrogez les anciennes voies, quelle est la bonne voie, et marchez-y ; et vous trouverez du repos pour vos âmes » (Jérémie 1, 16). Il est donc nécessaire que nous cherchions avec soin et discrétion cette voie, qui nous conduira au salut et à la paix éternelle ; et lorsque le Seigneur nous l’aura montrée, nous devons marcher prudemment et discrètement, sans nous détourner à droite ni à gauche. Elle doit être la voie de laquelle le prophète déclare : « Il est une voie qui semble droite aux hommes, mais ses derniers aboutissements conduisent à l’enfer » (Proverbes XIV, 12). Mais afin que personne d’entre nous ne s’égare par ignorance, le prophète Isaïe nous avertit, en disant : « Tes yeux verront ton précepteur, et tes oreilles entendront la parole derrière toi, qui te dit : Voici la voie, marchez-y, sans vous détourner à droite ni à gauche » (Isaïe XXX, 20). De même, lorsque le peuple d’Israël, traversant les royaumes étrangers, se dirigeait vers la patrie promise, il envoya des messagers au roi Séhon des Amoréens, disant : « Je te prie de me permettre de passer à travers ton pays, nous ne nous détournerons ni à droite ni à gauche, mais nous marcherons sur la voie royale, jusqu’à ce que nous ayons traversé tes frontières » (Nombres XXI, 21).

Et toi, nobilissime roi, si tu veux, en toute félicité, tendre vers la patrie céleste promise, il est nécessaire que tu cherches diligemment la voie royale, car, étant roi sur terre, tu dois suivre la voie royale pour accéder aux royaumes célestes. Elle est en effet toute tracée, et ancienne, foulée par les pas des saints rois. Par elle, Josué, marchant d’un pas ferme, brisa les cous de nombreux rois, renversa les phalanges des impies, détruisit les murailles de Jéricho, et partagea la terre promise au peuple d’Israël. Par elle, David, marchant sans hésitation, épargna le persécuteur Saül ; d’un coup de pierre, il abattit Goliath, délivra le peuple de Dieu des dérisions des païens, et affermît son royaume pour l’éternité. Par elle, le Seigneur visita Ézéchias qui marchait fermement, le rétablit de la mort, et lui donna quinze ans de vie supplémentaire. Par elle, Salomon, marchant encore, fut rempli de sagesse comme un fleuve d’eau ; car en s’en éloignant, il attira sur lui l’irréparable souillure de sa gloire. Par elle, le courageux roi Ozias, juste, marcha et renversa les hauteurs, éloigna diverses abominations du peuple de Dieu, et reçut de multiples justifications du Seigneur. Voici, tu vois clairement, toi, nobilissime roi, comment les rois marchent sur cette voie royale vers Dieu, et, avec les autres saints, volent vers les royaumes célestes. Car la voie royale est appelée sainte par le prophète (Isaïe 35:9), par laquelle aucun impur ne passera, comme le dit le même prophète : « Il n’y aura pas de lion, c’est-à-dire de diable, qui rôde cherchant qui dévorer ; aucune bête malfaisante, c’est-à-dire un démon, ne montera par elle ; mais elle est une voie droite, et ceux qui seront rachetés par le Seigneur marcheront par elle. » Par elle aussi, nous savons que chaque jour, avec l’aide du Seigneur, nous marchons, et nous croyons fermement que tu arriveras à la gloire éternelle. Il suffit que ce que tu as commencé de bien, tu le termines, et que tu le conduises jusqu’à la fin avec persévérance ; car ce n’est pas celui qui commence, mais celui qui persévère, qui sera sauvé. Et maintenant, avec la miséricorde du Seigneur, je vais commencer, roi, à décrire la voie royale, par laquelle tu marcheras sans obstacle, mais arriveras à la perfection et, dans la joie, recevras le royaume éternel, dans laquelle nous posons le premier pas de l’amour."

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« Interdisez donc, très clément roi, qu’en votre royaume il y ait captivité… Que chacun affranchisse ses serfs, considérant qu’ils ne lui sont pas soumis par nature, mais par faute : car également créés, nous sommes tous égaux, mais certains ont été assujettis par la faute. »
Via regia
Smaragde de Saint-Mihiel
Essai
Parution : Septembre 2025
ISBN : 979-10-978553-3-8
176 pages

17,00 

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